I SEE A MAN SITTING ON

A CHAIR, AND THE CHAIR

IS BITING HIS LEG

SEPTEMBER 2019

I SEE A MAN SITTING ON A CHAIR, AND THE CHAIR IS BITING HIS LEG


Exposition sur une proposition de Gabrielle de la Selle & Clothilde Morette


avec :


Gregory Cuquel

Chloé Delarue

Antoine Nessi

Laure Vigna


Vernissage le 14 septembre 2019, 18h-21h

puis du 15 au 21 septembre 2019




Jeune femme âgée de 31 ans, ancienne étudiante en philosophie, sourde, ne communique que par écrit, souffre de délires paranoïaques.

C’est à travers ces quelques mots qu’apparaît Natalia A. dans l’essai du psychanalyste Victor Tausk qui lui est dédié. En 1917, elle s’engage dans une analyse afin de mettre un terme à une image qui la hante; celle de son double mécanique. Depuis un peu plus de six ans, elle est persuadée d’être sous l’emprise d’une machine maléfique qui la persécute et dont la forme répond à celle de son propre corps. Selon Natalia, la machine aurait été mise au point à Berlin et interdite par la police. Néanmoins, elle serait utilisée contre elle par un amant jaloux et un professeur d’université mal intentionné.

Comme un simulacre de réalité, chaque élément composant l'appareil se réfère à l’anatomie de Natalia. Fonctionnant par télépathie, il suffit à ses détracteurs de toucher la machine pour provoquer des réactions néfastes (sécrétions, odeurs ou substances visqueuses). On lui intime des ordres, on lui fait faire des choses, on la persécute. De ce « on », et du cas de Natalia, le psychanalyste Victor Tausk réalisera un livre intitulé « De la genèse de la machine à influencer chez les schizophrènes». Si son analyse permit au psychanalyste de décrire et de généraliser avec précision les rouages de ce type d’illusions que sont ces appareils étranges, elle mit également en évidence une autre histoire : celle d’un rapport aux choses sous forme de miroir, d’une recherche de complète réciprocité où chaque sujet se fait objet de l’autre.

Une cinquantaine d’années plus tard, Robert Silverberg et Harlan Elisson coécrivent une nouvelle de science-fiction intitulée I See a Man Sitting on a Chair and the Chair is Biting his Leg. Suite à une maladie contractée dans le cadre de son travail, le héros nommé Parati est tourmenté par son énergie libidinale qui s’extroverse au point que, dans un accès cosmique d’érotomanie, le monde entier se met à le désirer. Parati devient sujet de désir pour les objets qui l’entourent et se retrouve en proie aux avances sexuelles d’une commode, d’une table ou bien d’une chaise qui, face au rejet amoureux, finiront par se venger.

Dans ces deux récits, réel et fictif, il est question de fragmentations : de l’identité, du corps, de l’espace intime. Une fois dissolue la frontière entre animé et inanimé, une relation d’interdépendance avec les objets qui nous entourent transparaît. Une rencontre devient possible et nous ne contemplons plus simplement une image, nous l’embrassons et l’absorbons. C’est ainsi qu’apparaissent des connexions insoupçonnées et qu’importe si elles tiennent de l’hallucination ou du rêve puisqu’elles nous permettent de repenser notre rapport au monde et aux matières qui le peuplent.

photos : Bertrand Hugues